Bagatskoff, un drôle de Sarthois

AK-Chateau-du-Loir-Coteau-de-Goulard-Sentier-des-SoupirsÀ Château-du-Loir, modeste commune sarthoise de 4000 âmes, vécut un bien singulier personnage. Nous ne voulons pas évoquer ici Pierre Loutrel (1916-1946) du célèbre gang des tractions avant, plus connu sous le nom de Pierrot le Fou, ennemi public n°1 dans la France de l’immédiat après-guerre. Nous voulons parler d’un dénommé Henri Bagatskoff, alias Bagats.

Bagats est né en janvier 1878 dans la lointaine Russie tsariste, du côté de Smolensk, au nord-ouest de Moscou. Lors de son service militaire, il déserte et gagne clandestinement la France où son esprit rebelle lui fait croiser des personnages aussi illustres que Sébastien Faure, pédagogue libertaire,  conférencier roué et dreyfusard de la première heure, ou encore Pierre Kropotkine, le célèbre géographe anarchiste, figure centrale du communisme libertaire et exilé comme lui.
Comme le firent tant d’autres proscrits, de bonne grâce ou sous la pression (songeons à Emma Goldman et Victor Serge…), Bagats retourne sur sa terre natale après la Révolution de 1917. On sait peu de choses sur son séjour en Russie soviétique sinon qu’il fut emprisonné par le pouvoir bolchevique et qu’il parvînt à quitter le pays. De retour en France, il s’installe à Château-du-Loir où il fonde un groupe de propagande anarchiste.
En 1941, dénoncé par un « bon Français » pour avoir caché des Juifs, il est déporté au camp de concentration de Buchenwald. Il y reste jusqu’en avril 1945. Bien qu’affaibli par ces quatre années de privations et de mauvais traitements, il reprend sans tarder ses activités militantes locales, adhère à la Fédération anarchiste reconstituée à la Libération et participe au congrès de fondation de la Confédération nationale du travail qui rassemble des cénétistes espagnols réfugiés en France, des militants anarcho-syndicalistes français et quelques jeunes libertaires issus de la Résistance. Bagats s’est éteint en 1955 dans sa maison du Côteau de Goulard.

Biographie rédigée par le Centre d’histoire du travail d’après une notice, et avec l’amicale autorisation, de Rolf Dupuy pour Les Anarchistes. Dictionnaire biographique du mouvement libertaire francophone.

 

 

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