Nantes, février 1934 : la riposte ouvrière

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À Nantes comme ailleurs la population se sent très concernée par les conséquences de la manifestation du 6 février 1934 qui a vu les ligues d’extrême droite menacer les institutions de la République et notamment l’Assemblée nationale au cri d’« À bas les voleurs ! ».

 

Dans la soirée du 8 février, un meeting de protestation est organisé à la Bourse du travail de Nantes par la CGT (d’obédience socialiste) au cours duquel Auguste Péneau, secrétaire de l’union départementale, prend la parole devant 1 500 personnes. Peu avant 19h, l’assemblée forme un cortège, bientôt rejoint par des militants de la CGT-Unitaire (d’obédience communiste), et s’élance vers le centre-ville au chant de L’Internationale. La police dénombre 4000 personnes (elle avait compté une centaine de Camelots du Roi et de Jeunesses patriotiques deux jours plus tôt place Royale) et L’Écho de la Loire s’effraie de la présence des communistes au sein de la manifestation comme aujourd’hui la presse dénoncerait la présence de « militants autonomes ».
Mais le véritable rendez-vous des forces républicaines et démocratiques a lieu le 12 février. Dans son édition du 13 février, Le Phare de la Loire parle d’un cortège de 10 à 15000 personnes qui partent de la Bourse du travail à 9h30 et se dispersent dans le calme, Boulevard Delorme vers 11h.

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Le journal décrit en revanche une fin de journée beaucoup moins calme : « Des jeunes gens sans aveu », « certains venus de banlieue », cherchent « à provoquer des troubles ». Place Graslin, « une bande de tout jeunes gens chantaient des hymnes révolutionnaires. […] Mais comme toujours, devant l’avance rapide des policiers, les Apaches (sic) reculèrent, s’égaillèrent, brisant au passage des glaces de magasins ». Entre 20h30 et 21h, « plusieurs charges de gardes à cheval sont nécessaires pour évacuer les quartiers compris entre Graslin, Bretagne et Commerce ». Jusqu’à 22h30, les forces de l’ordre doivent maintenir des barrages avec « des gardes mobiles, le mousqueton en bandoulière ».

La presse locale n’a pas encore perçu qu’à travers ces cortèges communs entre unitaires et confédérés, entre communistes et socialistes, c’est la réunification de la CGT qui est en marche et le Front populaire en gestation.

 

Sources
ADLA, côte 1 M 167, pour les rapports de police adressés au Préfet.
AMN, côtes 2 PRES 30 pour L’Écho de la Loire, 5 PRES 94 pour Le Populaire et 22 PRES 159 pour Le Phare de la Loire (en principe non communicable en raison de l’état de dégradation du journal).

Illustrations
Le Phare de la Loire du 13 février 1934 [AMN, cliché Patrick Jean]

Remerciements à Lionel Block des ADLA et Véronique Guitton et Patrick Jean des AMN.

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