Les « perreyeux » lèvent le poing

Perreyeux

Chez les perreyeux (ardoisiers), il y a ceux d’en bas et ceux d’en haut ou, comme l’on dit en Anjou, ceux d’à bas et ceux d’à haut.
Ceux d’à bas, les fonceurs, travaillent au fond de la carrière, à casser de la pierre sous le regard d’un clerc, autrement dit d’un contremaître.

Les blocs arrachés à la roche sont remontés et mis à disposition des fendeurs. Les fendeurs sont ceux d’à haut. Payés à la tâche, ils ont l’esprit indépendant. Leur savoir-faire, ils entendent bien le monnayer, car il faut bien connaître la pierre pour la fendre comme il se doit ! D’ailleurs ce savoir-faire s’est longtemps transmis jalousement de père en fils… avant que l’Etat n’impose l’ouverture de la profession à tout un chacun.
Ceux d’à haut gagnent davantage que ceux d’à bas, eux-mêmes bien mieux lotis que les journaliers et manœuvres. Longtemps, ceux d’à haut se tinrent à distance de ceux d’à bas, dont la force physique et le courage tenaient lieu de savoir-faire ; courage ? Oui, il en fallait car les accidents étaient légion ; des accidents qui tuaient ou estropiaient. La solidarité n’était pas un vain mot : « Tout ouvrier blessé percevra son salaire intégral durant tout le temps de son incapacité de travail, ses camarades prélevant sur leur propre gain la somme nécessaire à cette fin » peut-on lire dans les statuts d’une société de fonceurs en 1831. Mais pour les entrepreneurs et édiles, tout ce monde-là ne forme qu’une même canaille, prompte à la violence pour imposer sa loi dans les carrières ! Car fonceurs et fendeurs sont d’accord : pas question que les « prix du marché », fluctuants par principe du fait de la concurrence, ne les réduisent à la misère !

Organiser les perreyeux : telle va être la mission de deux fendeurs trélazéens. Ils ont pour nom André Bahonneau et Ludovic Ménard. Le premier est le président-fondateur de la Chambre syndicale des ouvriers des ardoisières d’Angers, structure modeste, sous surveillance de la Préfecture, puisqu’il est toujours interdit de créer des syndicats en cette année 1880.

Dix ans plus tard, les deux hommes, convertis à l’anarchisme, proposent aux ardoisiers d’à haut et d’à bas de redonner vie à un syndicat, qui, disent-ils, « somnole depuis trop longtemps ». Et la greffe va prendre. À l’été 1890, aux ardoisières du Pont-Malembert, des centaines de fendeurs entrent en grève contre la baisse de leurs salaires. C’est un échec : le patronat n’en démord pas, il entend être maître chez lui ! Le Préfet obtient toutefois que les grévistes soient repris. Pour nos perreyeux, ce n’est que partie remise…

Sources
Maurice Poperen, Un siècle de luttes au pays de l’ardoise, Chez l’Auteur, 1972
Notices biographiques de Ludovic Ménard et André Bahonneau (Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français)

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