Mayenne 1922 : une scission en douceur

cgt_1921

La scission syndicale qui frappe la CGT en 1921-1922 et donne naissance à la CGTU est vécue très différemment selon les départements. Pourtant, tous les ingrédients sont présents pour que l’on se déchire entre frères ennemis, comme en Loire-Atlantique. Rien de tel en Mayenne…

La Révolution russe de février puis octobre 1917 bouleverse profondément le mouvement ouvrier français. Ainsi donc, la Révolution est possible ! Elle l’est d’autant plus qu’elle vient d’éclater dans un pays « arriéré », une terre de moujiks dans laquelle le prolétariat industriel compte pour peu, hors les grandes métropoles urbaines. À cet événement de portée mondiale, s’ajoutent les conflits nés du ralliement de la CGT à l’Union sacrée en 1914, cette « trahison » de l’idéal internationaliste porté jusqu’alors par l’organisation.

À Laval comme ailleurs, les relations entre syndicalistes ne tardent pas à devenir exécrables. Lors du congrès de l’Union départementale CGT de juin 1921, l’instituteur communiste Auguste Durand s’en prend avec virulence au secrétaire départemental François Acambon, militant socialiste, qui a voté au niveau national pour l’expulsion des « révolutionnaires » inféodés au Parti communiste, au nom de l’indépendance syndicale.

Mais quand vient le moment de la scission, les militants mayennais font preuve de beaucoup plus de pondération. Dans un contexte politique et social des plus hostiles, le syndicalisme ouvrier formant un ilot « rouge » dans un océan conservateur, voire réactionnaire, ils ont bien conscience qu’une scission aux allures de règlement de comptes ne pourrait que mettre à bas le fragile édifice syndical péniblement mis sur pied depuis vingt ans, notamment la coopérative et la Maison du peuple.
C’est pourquoi, ils décident, à l’unanimité, l’élaboration d’un contrat de location permettant à la CGT et à la CGT-Unitaire d’avoir accès à la Maison du peuple, ainsi que le partage de la caisse au prorata des timbres pris en 1921. Surtout, ils décident de ne pas admettre la concurrence syndicale dans les entreprises : par vote, les syndiqués seront donc appelés à choisir à quelle structure nationale ils souhaitent se fédérer.

Pourquoi un tel choix ? Parce que beaucoup espèrent que cette scission ne sera pas durable, et que bientôt, la raison l’emportant, la CGT redeviendra une et indivisible. L’histoire ne leur donnera raison que quinze ans plus tard…

Cette contribution doit beaucoup à Jacques Omnès, auteur d’une biographie de François Acambon pour le compte du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier. Qu’il en soit remercié.

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