Gueules noires de Mayenne (1850)

Des gueules noires en Mayenne ? Oui, il y en eut, tout comme en Sarthe. À six lieues de Laval et guère plus de Sablé-sur-Sarthe, voici La Bazouge-de-Chémeré, commune de quelques centaines d’habitants. C’est là que dans le premier quart du 19e siècle fut découvert une mine d’anthracite.

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Jusqu’en 1896, des centaines de mineurs et tout autant de chevaux descendirent jusqu’à 400 mètres sous terre pour en extraire cette roche noire, ce charbon si indispensable à la vie quotidienne et à la Révolution industrielle.

En cette année 1850, M. de la Rochelambert, droit dans ses bottes de militaire, ne cache pas son énervement. Quelques mineurs dont, écrit-il au Préfet (lettre du 25 novembre), il aimerait « autant être débarrassé » poussent à la révolte ceux de La Bazouge. Il a beau avoir commencé son « épuration », protéger le bon grain docile de l’ivraie rouge, il s’inquiète de ce que les  gueules noires aient obtenu le soutien des notables et commerçants locaux, de cette « malheureuse bourgeoisie (qui) n’aperçoit pas l’abîme qu’elle creuse à ses pieds » en s’acoquinant avec la canaille ouvrière.

Le Préfet ne peut être qu’attentif au courroux du  marquis. Depuis plusieurs jours, la gendarmerie est omniprésente, veillant à ce que les jaunes ne soient pas rossés par les grévistes, et que ces derniers comprennent, devant un tel étalage de force armée, « l’intérêt que l’administration [attache] au maintien de l’ordre sur ce grand centre industriel » (lettre du 23 novembre). La gendarmerie (100 hommes !) est là pour prêter « appui au directeur de la mine pour résister aux concessions qu’on chercherait à obtenir de lui. » Des revendications (salaires, temps de travail…) à ses yeux inacceptables puisque les « mineurs de la Bazouge [sont] suffisamment rétribués » au regard de ce que gagnent les « autres classes ouvrières du département ». Et s’ils ne le comprennent pas, ils seront tout simplement « rayés des contrôles », autrement dit, licenciés !

La fermeté paie. Le 27 novembre, le maire de la commune appelle les mineurs à reprendre le travail comme ceux des mines alentours. N’ont-ils pas des « maîtres bienfaisants » qui ne « refuseront de pardonner à personne », sauf aux entêtés, évidemment, qui n’écoutent pas « la voix de la raison » mais davantage celle du « club socialiste » sabolien dont le Préfet croit à l’existence. Il est entendu. Le mouvement s’éteint aussi vite qu’il a commencé, et le 29 novembre, la Préfecture honore comme il se doit les « ouvriers de La Bazouge restés fidèles », tel le dénommé François Richard qui osa traverser « la cohorte des ouvriers en grève pendant l’allocution de M. Le Préfet avec ses habits de travail et ses outils pour aller à son poste. » Le voici dorénavant propriétaire d’une « bonne montre en argent en souvenir de sa belle conduite. »

 

Source : Industrie et condition ouvrière en Mayenne au 19e siècle (Documents d’histoire régionale du CRDP Nantes, 1979)

Iconographie : nos recherches sur la toile ne nous ont pas permis de trouver un dessin ou une carte postale ancienne de la mine de La Bazouge-de-Chémeré. A cette adresse, un internaute propose une carte postale non datée, ni située précisément, sur les mines d’anthracite mayennaise. Si vous disposez d’un document susceptible d’enrichir cette contribution, communiquez-nous la !

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