Laval : des travailleurs à l’université

UPLavalloiseLe 15 décembre 1901, dans la salle des fêtes bondée de l’Hôtel de ville de Laval, retentit La Marseillaise, exécutée avec brio par la Lyre lavalloise. Ouvriers, employés, instituteurs, «bourgeois» et syndicalistes, tous se lèvent dans une même émotion, une même communion républicaine. Ainsi s’ouvre la séance inaugurale de l’Université populaire (UP), deuxième association créée dans cette ville au titre de la loi de 1901.

Félicien Challaye s’avance. Le tout nouveau et jeune professeur de philosophie du lycée Ambroise-Paré de Laval fixe les objectifs de l’UP. Elle travaillera « à l’éducation mutuelle des citoyens », employés, ouvriers ou travailleurs intellectuels. Tous s’y retrouveront pour  « se reposer, se distraire, s’instruire », travailler ensemble en « collaborateurs égaux, en camarades », car « si les intellectuels apportent aux ouvriers la science des livres », les ouvriers leur apporteront « la science des choses de la vie ».
L’esprit « sera nettement républicain et ouvrier », proclame-t-il, et s’appuiera sur la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen. Pour Challaye, la République n’est que le gouvernement de la Nation par la Nation ; or les travailleurs constituant l’immense majorité de la Nation, il leur revient de « diriger la Nation ». D’où la nécessité de leur dispenser les connaissances indispensables à la réalisation de leur mission. L’UP est aussi une association ouvrière, au même titre que le syndicat ou la coopérative. Elle a son siège à la Bourse du travail et est administrée par un comité de douze membres, dont six issus des syndicats ouvriers.
Carnaval UP Lavalloise

Un tel projet ne peut que s’attirer les foudres des conservateurs mayennais.  Les campagnes de presse se succèdent, Challaye est muté d’office un an après son arrivée… Mais l’UP tient bon, multiplie les conférences éducatives sur l’histoire ouvrière ou la médecine usuelle, les lectures d’auteurs mal vus des milieux conservateurs (Hugo, Zola…). Une chorale est créée. Parfois, on organise une sortie champêtre, une soirée récréative. Des intellectuels locaux apportent leur contribution : l’avocat Grimod, le docteur Dupré, le mathématicien Mercier, le pasteur Jézéquel… Même l’universitaire rennais Victor Basch, futur président de la Ligue des droits de l’Homme, vient à Laval le 30 novembre 1902 évoquer l’histoire des universités populaires !
De 1918 à 1928, l’UP se cantonne à l’organisation de soirées conviviales (bals, concerts, théâtre). Puis, grâce à Auguste Dalibard, typographe et syndicaliste, elle renoue avec la tradition des conférences éducatives afin que plus jamais l’on puisse dire que « ce qui manque à l’ouvrier, c’est la science de son malheur. » (Fernand Pelloutier).
La Deuxième Guerre mondiale vient à nouveau briser l’élan, mais, dès la Libération, l’UP renaît avant de s’éteindre vers la fin des années 1950…

Contribution de Jacques Omnès

 

Sources principales
Félicien Challaye, « La France vue de Laval », in Cahiers de la Quinzaine, 12e Cahier, 2e Série, 1904
L’Avenir de la Mayenne, 22 décembre 1901
Louis Lesaint, L’Université Populaire Lavalloise – Sa création – Son passé, Conférence faite le 17 novembre 1929 à 14 heures dans la Salle des Fêtes de la Maison du Peuple, 14, rue Noémie Hamard, à Laval, (manuscrit en possession de Jacques Omnès).
Archives Départementales de la Mayenne, presse locale.

Illustration
Manifestation organisée par l’UP en soutien aux chômeurs (Laval, 7 février 1932).

 

 

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