1981 : le réveillon singulier des « Filles de Chantelle »

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Trois cents filles relèvent la tête et entament un bras-de-fer avec leur direction. Nous sommes à l’automne 1981, chez Chantelle, et ces travailleuses ne veulent pas faire les frais de cette « réorganisation » du travail, imposée par un nouveau directeur, qui va rogner leur salaire.

Ouverte en 1966, l’usine Chantelle s’installe dans la zone industrielle de Saint-Herblain en mars 1968 et… ne peut échapper à la grève générale de mai. Dès 1968, un syndicat CFDT s’implante, suivi au début des années 1970 par une section syndicale CGT. Les années 1970 sont marqués par quelques conflits sociaux (1974, 1976), mais aucun n’atteint la radicalité de celui de l’automne 1981.
Face à une direction qui ne veut rien entendre et fait pleuvoir les brimades pour imposer de nouvelles normes de production, les ouvrières s’organisent, font grève, puis, sans préméditation, séquestrent le patron et s’emparent des lieux ! « Des » ouvrières, plus précisément, car une partie non négligeable de l’effectif conteste ce type d’action et forme, avec le soutien de l’encadrement et de la direction (qui leur offre le petit-déjeuner tous les matins à la porte de l’usine !), un comité pour la reprise du travail qui se transformera un peu plus tard en syndicat Force ouvrière.

La direction coupe électricité et chauffage ? Qu’importe ! Malgré le froid, l’occupation s’organise, tout comme la solidarité extérieure. Car beaucoup de ces travailleuses, notamment à la CGT, sont des Couëronnaises d’une même génération, femmes et/ou filles de militants CGT et PCF.
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Si certaines ont la chance d’avoir le soutien de leur concubin et de la famille élargie (pour gérer foyer et marmaille pendant les deux mois et demi de grève), d’autres en revanche jonglent entre occupation de l’usine, lever des enfants, etc. Le réveillon du Nouvel-An ? Elles le passeront ensemble… mais toujours avec une présence masculine sous la forme d’un mari ou d’un permanent syndical, sans oublier celle des journalistes qui couvrent avec intérêt et empathie ce conflit dur qui met en avant non des travailleuses, mais des « filles », des « mères courage » dans une période où la classe ouvrière subit échec sur échec.
A la mi- janvier, sous la pression, la direction cède sur la plupart des revendications. Victoire donc, d’autant plus que le directeur honni sera prié de faire ses valises quelques temps plus tard…
Pour les Nantais, ce conflit de l’automne 1981 acte la naissance dans la mémoire locale des « filles de Chantelle », celles-là même qui se battront là encore avec acharnement, mais moins de réussite, contre la délocalisation de leur usine en 1994-1995, puis la fermeture de celle-ci en 2005.

Contribution du Centre d’histoire du travail avec l’amicale relecture d’Eve Meuret-Campfort, auteur d’une thèse sur les travailleuses de Chantelle.

Iconographie : Clichés Hélène Cayeux, Archives du Centre d’histoire du travail

 

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