Sarthe : Henri Lemonnier, le médecin rebelle

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Nous sommes en 1852 et si l’on en croît le préfet de la Sarthe, l’homme est « dangereux à tous les points de vue : contre la religion, la propriété, contre le président, ennemi du gouvernement… ». Cet homme n’est pas un de ces « rouges » aux mains calleuses que la misère trop souvent exalte, mais un notable du cru, médecin de son état : Henri Lemonnier (1814-1895).

 

Né dans une famille de la petite bourgeoisie rurale sarthoise, Henri Lemonnier achève ses études de médecine en 1838 et s’installe à Château-du-Loir, partageant son temps entre l’hospice, le bureau de bienfaisance et la visite aux malades.
Humaniste, franc-maçon et républicain en un temps où il n’était guère judicieux de l’être, Henri Lemonnier devient l’une des figures politiques locales. Mais il est loin de faire l’unanimité, y compris chez les républicains qui ne le trouvent pas assez consensuel : Lemonnier serait un « homme d’opinions excellentes mais un peu vives dans leur expression ». Lors de la Seconde République (1848-1852), il cumule les fonctions de conseillers municipal et d’arrondissement, tout en sillonnant la campagne sarthoise. Ses adversaires politiques redoutent ce républicain socialisant, proche de Ledru-Rollin (ancien député du Mans devenu ministre puis figure de l’extrême-gauche) d’autant plus, disent-ils, qu’il profite de ses tournées pour diffuser la presse séditieuse et ainsi corrompre la « classe indigente » : « Une bienfaisance apparente, une sorte de sollicitude pour les pauvres étaient ses moyens d’influence et il en usait largement ».
Il n’est guère étonnant que durant le Second Empire Henri Lemonnier subisse la répression étatique. Déchu de ses mandats, il est interdit de séjour en Sarthe jusqu’en 1853. Amnistié, il est autorisé à reprendre ses activités mais cinq ans plus tard, le voici de nouveau arrêté, mis dans un bateau et envoyé en Algérie, sans doute à Mostagadem. Il y reste une année comme d’autres proscrits, ne bénéficiant qu’en août 1859 d’une mesure d’amnistie générale.
9515_image_11-163x250Cet exil calme sans doute les ardeurs du médecin rebelle. Le commissaire de police de Château-de-Loir classe ainsi sans suite les dénonciations anonymes le concernant. Il ne voit plus en Lemonnier le notable séditieux, organisant des sociétés secrètes pour nuire au régime, mais un homme qui a « donné en plusieurs circonstances des preuves d’un retour sincère aux idées d’ordre et à des sentiments meilleurs et moins subversifs. »
Assagi peut-être, mais non renégat ! Henri Lemonnier demeura tout au long de sa longue carrière politique (il fut conseiller général de la Sarthe, 1863-1895, député, 1876-1882, et sénateur, 1882-1895) un « ferme républicain », « une conscience », un « farouche anticlérical », désireux de faire pénétrer dans les campagnes aussi bien l’instruction que la santé publiques.
Sources : cette contribution doit tout au travail de Gérard Boëldieu, auteur de la notice de Henri Lemonnier pour le compte du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, alias « le Maitron ». [http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article33838, notice LEMONNIER Pierre, Jean-Baptiste, Henri [LE MONNIER Henri] par Gérard Boëldieu, version mise en ligne le 20 février 2009, dernière modification le 17 mai 2018.]

Iconographie : portrait de Henri Lemonnier, sénateur ; monument en son honneur à  Château-du-Loir.

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Cette entrée a été publiée dans Sarthe.

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