Nantes, 17 novembre 1938 : tollé sur l’Espagne !

En 1894 se tient dans la cité des ducs le congrès de la Fédération nationale des syndicats (qui prendra le nom de CGT l’année suivante) ; congrès houleux qui voit triompher les tenants de la grève générale, Fernand Pelloutier et Aristide Briand. En 1938, la préfecture de Loire-Inférieure accueille une nouvelle fois la CGT et l’atmosphère est tout aussi tendue…

Nous sommes le 17 novembre 1938, en fin d’après-midi et le 31e congrès national de la CGT va bientôt fermer ses portes. On imagine les congressistes fatigués et sur les nerfs tant les échanges furent rudes depuis quatre jours. L’unité de 1936 n’a fait nullement taire les divergences de vues et d’opinions entre « communistes », « réformistes » et « syndicalistes révolutionnaires », et l’atmosphère, en cette rentrée 1938, est des plus lourdes : le Front populaire, agonisant depuis le printemps, vient d’imploser et le gouvernement Daladier entend imposer à toutes et tous une cure d’austérité pour remettre la France au travail ; quant aux récents accords de Munich, ils n’ont fait qu’accentuer les divergences au sein de la CGT.

On pouvait espérer que la motion de soutien à l’Espagne républicaine, validée en amont par une commission « œcuménique », recueille l’assentiment de toutes et tous… sauf qu’un délégué la refuse, provoquant aussitôt un tollé dans la salle. Cet homme, c’est l’anarcho-syndicaliste havrais Augustin Thomas, docker de son état, et il s’en explique : « Il n’était pas dans mon intention, en venant au congrès de Nantes, de prendre la parole, parce que je ne suis qu’un simple ouvrier docker. Mais une chose m’a frappé, une chose qui me tient à cœur : c’est quand je vois ici les camarades qui représentent des organisations et qui disent : pour les Espagnols, il faut faire quelque chose. Jusqu’à maintenant, la preuve est faite qu’il n’y a pas grand-chose de fait pour les camarades espagnols. En ordres du jour, oui, mais quand il s’agit de prendre 50 centimes ou les 40 sous le samedi, il n’y a rien du tout. (…) Le syndicat des ports et docks du Havre, fort de 3500 membres, a versé, pour lui seul, 850 000 F pour nos camarades espagnols. (…) si chaque syndicat en avait fait autant, nos camarades espagnols ne seraient peut-être pas dans la misère où ils le sont.»

Thomas ne fait que rappeler ici une décision prise lors du dernier comité confédéral national : que chaque syndiqué verse le montant d’une heure de travail par quinzaine ou par mois à ceux qui, en Espagne, luttent contre Franco et ses alliés… car la solidarité se nourrit d’actes, pas de mots.

Source : compte-rendu sténographié des débats du 31e congrès confédéral de la CGT (p. 382) ; Tome 42 du dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français : biographie d’Augustin Thomas (p. 161-162).

 

 

 

 

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