Nantes, 1957 : contrôler, surveiller, réprimer

Dans la nuit du 22 novembre 1957, une vaste opération de police est menée à l’encontre des résidents algériens du foyer du quai Ernest-Renaud. Mobilisant les forces de police de la ville et une compagnie de CRS, elle se traduit par un bouclage et une rafle, témoignant d’une répression aveugle à l’encontre des travailleurs algériens en métropole durant cette « guerre sans nom », la guerre d’Algérie.

Ce que l’on appelle alors le « foyer nord-africain »  n’est qu’un ensemble de baraquements autour desquels s’est installé un mini-bidonville, qualifié de « gourbis » par la police. C’est ici que vivent, dans des conditions précaires, près de deux cents travailleurs algériens, essentiellement Kabyles. Ces « Français musulmans », pour beaucoup manœuvres dans le bâtiment, font l’objet de toutes les attentions de la part de la Sûreté urbaine car beaucoup ne voient en eux que des fellaghas en puissance…

En ville, la Brigade nord-africaine (BNA) effectue tous les deux ou trois jours des opérations de contrôle dans les quartiers où ils vivent ou dans les cafés qu’ils fréquentent ; cafés réputés pour être des repaires de nationalistes, partisans du Mouvement national algérien de Messali Hadj ou des frères ennemis du Front de libération nationale. Mais cette fois l’opération est d’une toute autre ampleur.

Le 21 novembre, le préfet a délivré un mandat de perquisition ayant pour objet d’identifier et d’appréhender des auteurs présumés d’actes contre la sûreté extérieure de l’État. Pour cette « perquisition domiciliaire de nuit » permise par les pouvoirs spéciaux récemment étendus à la métropole, pas moins de cent trois policiers, aidés d’une compagnie entière de CRS, sont mobilisés. La zone est ainsi bouclée, cent soixante-dix-huit nord-Africains sont contrôlés, et cent trente-et-un sont interpellés pour être identifiés et fichés à l’hôtel de police : tous sont relâchés, à l’exception d’un seul, en situation irrégulière. Déjà, en juin 1957, une opération de police matinale visant les cabanes du foyer avait permis de contrôler alors 113 Algériens… tous relâchés. Bien maigre résultat !

En fait, le but n’est pas tant de mettre la main sur des « terroristes » que de ficher, harceler des travailleurs algériens considérés comme des « gibiers de police » à l’égal des vagabonds, des mendiants et des prostituées : les classes laborieuses demeurent des classes dangereuses ! D’ailleurs, la brigade des mœurs est rarement absente des opérations de contrôle nocturnes menées à Nantes…

Yvon Gourhand

Source : ADLA 44, 1226 W 394, dossier sur l’opération de police du 21 au 22 novembre 1957.

Iconographie : Algériens devant les baraquements du foyer et vue sur les « gourbis » (Archives CHT. Coll. Paul Bouyer).

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