Maine-et-Loire, 1976 : un président face à la crise

A l’occasion de la visite imminente du président Valéry Giscard d’Estaing, Zede prend la plume, et elle est rude. Ce militant CFDT offre un tableau très sombre de la situation économique du Maine-et-Loire et termine par ces mots : « En définitive, je crois que vous feriez mieux de ne pas venir. La qualité de la vie, vous n’y connaissez rien. »

Sous le titre « Bébert emmène Giscard en Bateau » (CFDT Action n°23, 06-07/1976), Zede embarque le président pour un voyage dans un Maine-et-Loire frappé de plein fouet par la crise.
Aux Ponts-de-Cé, Anjou-Primeurs a fermé ses portes, tout comme la conserverie de Saint-Mathurin et les entreprises de myciculture du Saumurois. Doué-la-Fontaine ? « Tout n’est pas rose là-bas, allez voir le jeudi à la mairie, c’est jour de pointage, vous en verrez de tous les âges venir faire tamponner leur carte (…) À Doué et aux environs, il n’y a pas d’emplois. »
Le pays choletais se porte-t-il mieux ? Non, « c’est plus la “nébuleuse industrielle”, c’est une galaxie de chômeurs » ; et si l’on croise tant de gens dans les rues de Cholet, c’est qu’ils s’en vont pointer : « Vous voyez le grand, d’une cinquantaine d’années, avec une casquette, c’est un gars de chez Périer, ça fait plus d’un an qu’il vient là toutes les semaines. La petite blonde devant lui, c’est une fille de la Bonneterie du Chemin de Grangeard. L’autre avec qui elle cause travaillait au Tricotage mécanique. »
Du travail, il y en a dans les environs de Montrevault, mais c’est du travail à la chaîne, aliénant, épuisant. Il y en a encore dans le pays angevin, chez Cegedur « avec ses équipes de nuit, sur les chaînes de Thomson, dans les galeries des ardoisières. » Quand ce n’est pas « la crise » qui ferme les boîtes, c’est le patronat qui s’y emploie dès que les travailleurs tentent de s’organiser.

Que trouve-t-on alors dans le Maine-et-Loire ? Des chômeurs sans grand espoir, des travailleurs surexploités et des vieux, comme à Segré, « parce que les jeunes sont partis et ça ne date pas de la dernière crise ». En effet, dès les années 1960, syndicats ouvriers et paysans réunis à l’échelle du grand Ouest ont multiplié les initiatives pour clamer « L’Ouest veut vivre », autrement dit se développer industriellement et proposer des emplois. La migration de la jeunesse est l’une des caractéristiques de la région des Pays-de-Loire : puisqu’il n’est plus possible de vivre et travailler au pays, elle migre sous d’autres cieux ; et l’évolution de l’agriculture (produire davantage avec moins de bras) ne fait qu’accentuer le phénomène…

Source et iconographie : Archives de l’Union régionale interprofessionnelle de la CFDT des Pays de la Loire.

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