Saint-Nazaire, le 8 février 1934 : « A bas Paquet ! »

En réaction à la violente manifestation du 6 février 1934, le mouvement ouvrier nazairien appelle les habitants à descendre massivement dans la rue pour y défendre la République menacée. Cette manifestation populaire offre l’occasion aux travailleurs de conspuer Georges Paquet, le directeur des Ateliers et chantiers de la Loire. D’une pierre deux coups ? Pas vraiment…

Ce 8 février 1934, à l’appel notamment de la CGT, de la SFIO (dont le maire, François Blancho, est membre), de la Ligue des droits de l’homme (LDH) ou de la Libre Pensée, plus de 3000 personnes se rassemblent Place de la gare. On peut même y retrouver des militants ouvriers de la CGTU « communiste ». L’heure est au rabibochage entre les frères ennemis. D’ailleurs, après le discours d’Emmanuel Jouvance (CGT) appelant à une lutte énergique contre la menace fasciste, c’est Maurice Birembault (CGTU) qui prend la parole et exhorte à la constitution d’un front unique pour mener ce combat.

Après le meeting, le cortège se dirige vers la place de la République, et s’arrête une première fois devant l’immeuble du Courrier de Saint-Nazaire, journal de la droite catholique et conservatrice, pour manifester son hostilité à la campagne menée par l’hebdomadaire. Ensuite vient le tour du domicile de Georges Paquet, directeur des Ateliers et Chantiers de la Loire (ACL), bon catholique et père de… seize enfants, lequel se fait copieusement conspuer ! Puis le cortège se disloque au terminus prévu.
Mais pourquoi s’en prendre au très pieux Paquet ? Parce qu’il est, comme son beau-père Arsène Chaumier (banquier et membre du Comité de la droite), un membre actif de la ligue dirigée par Charles Maurras et Léon Daudet (l’Action française), étant même le « représentant autorisé » de cette dernière sur Saint-Nazaire*.

Cette ligue d’extrême-droite, royaliste et antisémite, fort active sur Nantes, n’est pas absente des rues nazairiennes. Par les Camelots du Roi avec l’aide des Jeunesses patriotes, on lui prête même l’intention de manifester bruyamment et de lancer ses nervis à l’assaut de la Bourse du travail. Ils n’en feront rien… Le lundi suivant, 12 février, à Saint-Nazaire comme dans la plupart des villes, l’appel à une grève de 24 heures lancé par la CGT est très suivi. Et de nouveau, les 6000 manifestants ont l’occasion de faire une halte devant le domicile de Georges Paquet pour lui donner l’aubade…

Contribution d’Yvon Gourhand

 

Sources : Le Populaire de Nantes des 9 et 13 février 1934 ; Le Courrier de Saint-Nazaire du 10 février 1934 ; Le Travailleur de l’Ouest du 10 octobre 1934 [ADLA, presse numérisée] ; Le Réveil syndicaliste du 20 février 1934 [CHT] ; Antoine PROST, « Les manifestations du 12 février 1934 en province », in Le Mouvement social n°54, janvier-mars 1966, pp. 6-27.

Iconographie : entête du Réveil syndicaliste (organe hebdomadaire de l’UD CGT de Loire Atlantique (Archives CHT) ; imposante banderole dépliée lors de la manifestation du 12 février 1934 (DR).

Note : * Georges Paquet (1873-1959) est membre du Comité royaliste de la droite présidé par le marquis Henri de La Ferronnays, tout en étant rédacteur depuis 1926 au sein du Courrier de Saint-Nazaire. Cf. Franck LIAIGRE, L’étrange ascension d’un maire de Nantes. André Morice, la Collaboration et la Résistance, Editions de l’Atelier, Paris, 2002, pp. 105-106.

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