Mayenne : « À bas les accapareurs ! »

S’il est un personnage dont bien des paysans se méfient, c’est le marchand de bestiaux. Pour l’éleveur, le doute est toujours de mise : ai-je affaire à un honnête homme ou à un maquignon ? Pour les paysans mayennais, la question est réglée : le dénommé Tribondeau est un filou doublé d’un spéculateur foncier…

La photo parle d’elle-même : un paysan pointe un doigt vengeur en direction d’un homme sorti sur son perron armé d’un fusil. Cet homme, c’est Tribondeau, un marchand de bestiaux, et pour la FDSEA et le CDJA de Mayenne, il incarne l’injustice et l’oppression….

Que lui reproche-t-on ? D’être un maquignon, certes ! Mais pas seulement. Alors que les machines envahissent les campagnes et en chassent les paysans incapables de s’adapter à la « modernité », de jeunes agriculteurs peinent à s’installer. Le responsable, c’est le cumulard qui achète des terres et constitue des fermes de plusieurs centaines d’hectares (300 dans le cas de Tribondeau), fermes qu’il fait travailler par des salariés agricoles, ou qu’il préfère laisser en partie en friche plutôt que de les louer. Tribondeau est même accusé d’avoir fait signer un « bail bidon » à son chauffeur afin de ne plus être accusé d’avoir des terres non travaillées… ; du point de vue juridique, Tribondeau est dans son droit : « Un bail à un employé qui n’exploite pas est parfaitement toléré par la loi du moment que les papiers sont en règle ; il n’y a que les voisins pour affirmer que c’est bidon » déplorent les syndicalistes.

« Le vrai casseur, c’est le comte de Nansac qui casse la vie des paysans et pas Jacquou-le-croquant qui se révolte ! » clame le tract édité pour expliquer le sens de cette action. Les syndicalistes font ici œuvre pédagogique car en Mayenne, s’en prendre avec une telle virulence aux notables ruraux ne peut aller de soi. Dans un territoire où tout le monde se connaît et tout finit pas se savoir, la dissidence peut avoir un coût pour le paysan non-propriétaire. C’est pourquoi, expliquent-t-ils, qu’une action aussi forte que celle-ci n’a été entreprise qu’après l’échec de démarches plus conventionnelles. Tribondeau n’a rien voulu entendre, il s’est fait même menaçant, alors « on s’est dit que c’est pas avec des discussions qu’on le fera céder ».

Nous sommes en 1971-1972*, et au sein du monde paysan, le courant paysan-travailleur s’active pour mobiliser les paysans contre leurs ennemis : non l’ouvrier, mais le « gros », le « nouveau seigneur » qui, comme Tribondeau, fait la loi dans les campagnes. Pour nos paysans révoltés, qui agissent au nom de la « vraie justice », la question que tout paysan doit dorénavant se poser est la suivante : « Est-ce qu’on doit continuer à se laisser traiter comme des moins-que-rien par ceux qui croient avoir tous les droits en étant riches ? »

 

Source : Archives CHT, fonds Paysans-travailleurs de Loire-Atlantique (PT 11)

Note : *ce tract recto-verso est non daté mais conservé dans une pochette de tracts couvrant cette période.

 

 

 

 

 

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