Laval, 1976 : la CFDT et ses « coucous »

La SARL Pouteau voit le jour à Laval en 1946 avec une double activité : maçonnerie d’un côté, vente de matériaux de construction de l’autre. Trente ans plus tard, la SARL est devenue une holding dont personne n’imagine la friabilité…

Tract CFDT URI 601

Tract-communiqué de la CFDT du 10 octobre 1976

En mai 1976, les Lavallois découvrent, effarés, que Pouteau est incapable d’honorer ses dettes. Les salariés se mobilisent, manifestent, montent un comité de soutien, occupent le siège social et c’est à ce moment-là qu’éclate une controverse avec la mairie socialiste de la ville. Celle-ci enjoint les salariés à cesser la grève, condition sine qua non pour que le tribunal de commerce verse les salaires d’octobre ; ce à quoi il se refusait du fait du climat social. Sous la pression, les salariés cessent la grève mais se fendent d’un communiqué critiquant l’inaction de la mairie lors de ce conflit.

Le maire André Pinçon répond par voie de presse que la CFDT Pouteau est entre les mains « de quelques membres isolés » qui parlent « au nom des autres sans les avoir consultés » et il apporte son soutien à Edmond Maire dans sa lutte contre la « fraction gauchiste », les fameux « coucous ». Dans un courrier personnel adressé à l’UD CFDT, il indique que le communiqué du syndicat a été mal reçu par les conseillers municipaux, notamment ceux qui sont syndiqués à la CFDT. La réponse de l’UD CFDT est double : publiquement, elle « condamne fermement le discrédit public qu’a tenté de jeter sur une de ses sections la municipalité » ; dans un courrier adressé au maire, elle refuse « à quiconque le droit de s’ingérer dans la vie » du syndicat.

Aux chomeurs Pouteaux_1976

Tract intersyndical destiné aux travailleurs de chez Pouteau pour les mobiliser, octobre 1976

Circulaire interne CFDT, 19 novembre 1976

En interne, le secrétaire Lorieul adresse une note dans laquelle il écrit : « Le Maire ne peut être le porte-parole de ceux qui ont une carte syndicale CFDT dans la poche (…). Quand le maire pense devoir donner des leçons de démocratie syndicale dans son texte remis à la presse, il témoigne de son ignorance totale en la matière, ce que ne devrait méconnaître lesdits adhérents CFDT, membres du conseil municipal, dont le recours ne devrait pas être le maire, mais leur organisation de base. » Le message est clair !

Ces échanges très secs illustrent les tensions traversant la centrale syndicale en ces années d’insubordination ouvrière ; tensions entre une aile droite, modérée, reposant davantage sur les employés et fonctionnaires que sur les ouvriers (et les conseillers municipaux en sont l’image), et un centre combatif incarné par le métallo Lorieul (en poste depuis 1958), poussé à la radicalisation par un noyau « gauchiste ». Pour preuve, sur un document envoyé par l’UD mayennaise à l’Union régionale, Alphonse Lorieul a écrit ces mots ironiques destinés au secrétaire régional Gilbert Declercq : « On a quand même de drôle de “coucous” à la municipalité ».

Sources :  Archives CHT, fonds de l’Union régionale interprofessionnelle CFDT – URI CFDT 601.

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