Nantes et Saint-Nazaire, 1933 : l’indépendance syndicale en question

Le 8 octobre 1933, réunis à Saint-Nazaire dans la salle des fêtes de l’école Jean-Jaurès (inaugurée un mois plus tôt), les 129 délégués du congrès départemental de la CGT sont appelés à se déterminer sur l’avenir du mensuel, Le Réveil syndicaliste. Doit-il être le journal de l’Union départementale ? Répondre à cette question n’a en réalité rien d’anodin…

Réveil syndicaliste extrait

Extrait de la une du Réveil syndicaliste, n°118, octobre 1933

Il y a d’abord un constat posé par le rapporteur de la commission, le postier Bédrède. Le Réveil syndicaliste, organe officiel des syndicats ouvriers de Nantes et de la région, est un mensuel et c’est « insuffisant » pour la propagande. Un bimensuel lui semble nécessaire « au moins pendant la période syndicale qui se situe entre octobre à juillet », et il propose de faire d’un Réveil nouvelle formule, le journal de l’UD.

Emmanuel Jouvance, figure incontournable de la CGT nazairienne, n’est pas de cet avis. Il préfèrerait que la CGT s’entende avec Le Travailleur de l’Ouest, le journal de la SFIO, pour que celui-ci intègre « une feuille simplement syndicale, deux fois par mois ». Pas moins de cinq militants s’opposent à cette contre-proposition dont le vieux Raymond Rochet, tout aussi incontournable, qui rétorque que « cette feuille ne pourrait être qu’un supplément du Travailleur de l’Ouest ». Rouaud, délégué des métaux, abonde en disant qu’il y a « impossibilité que Le Travailleur de l’Ouest devienne en même temps organe du Parti socialiste et organe de l’UD ». C’est une question de cohérence. Depuis une décennie la CGT se moque de la CGTU, inféodée au Parti communiste. Se mettre sous la coupe de la SFIO prêterait le flanc à la critique !

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La salle des fêtes de l’école Jean-Jaurès (extrait de PS-SFIO, Ville de Saint-Nazaire : dix années de municipalité socialiste (1925-1935), Saint-Nazaire, Imprimerie Ouvrière, 1935).

En fait, Nantes et Saint-Nazaire n’ont pas la même histoire ouvrière. Alors que le syndicalisme révolutionnaire a dominé la première, le guesdisme s’est imposé sur la côte. Si la majorité des leaders nantais de la CGT sont tout aussi réformistes que leurs alter-ego nazairiens, ils sont attachés à l’indépendance syndicale telle qu’inscrite dans la Charte d’Amiens (1906).  A l’inverse, les Nazairiens ont toujours défendu le rassemblement, sous l’aile socialiste, des syndicats, mutuelles et coopératives ; Le Travailleur de l’Ouest, en s’intitulant « journal socialiste, syndicaliste, coopératif », assume d’ailleurs pleinement cette identité : il est, sans l’affirmer formellement, tout autant le journal de la SFIO que de la CGT.

Deux traditions, donc, qui s’incarnent dans le vote final. 51 syndicats sont favorables à la proposition de Bédrède ; 18 s’abstiennent, tous nazairiens. Seuls les Municipaux nazairiens n’ont pas suivi Jouvance. Est-ce lié au fait que leur employeur, le maire socialiste François Blancho, est également le gérant du Travailleur de l’Ouest ? Allez savoir…

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La foule rassemblée lors des obsèques d’Henri Gautier en février 1925. Gautier incarne parfaitement, comme François Blancho, la tradition nazairienne : leader syndical, élu socialiste… et fondateur du Travailleur de l’Ouest. (carte postale, CHT SC4578)

Source : Le Réveil syndicaliste n°118, octobre 1933.

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